Auto-édition: mes chiffres de vente

Voici un petit article promis de longue date: les résultats, factuels et sans tabou, de mes ventes de livres en tant qu’auteur de genre auto-édité et numérique. « Mais de quel genre parle-t-il ? » vous demandez-vous. De l’un de ceux qui a la réputation en France de payer le moins, après la littérature enfantine et quelques autres: la Science-Fiction.

1. Les faits, d’abord.

Ma base d’expérience est limitée. quatre fictions, dont seulement trois auto-éditées. Cela pourra toutefois constituer une base de réflexion.

Spores!, publication en Juin 2014:

Une courte nouvelle d’anticipation, ambiance post-apocalyptique végétal, très bien accueillie par mon public. Ma toute première œuvre littéraire de fiction.

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Ventes: 109
Distribués: 66 (11 service presse, 20 Ray’s Day 2014, 7 Ray’s Day 2015)

Zombie Kebab, publication en Juin 2015:

Une novella pulp d’horreur dont la première moitié était parue sur Wattpad avant d’être proposée au Studio Walrus. Le public a été séduit par l’approche décalée de la narration. Je n’ai pas beaucoup de détails chiffrés à proposer, mais la maison d’édition a aimablement accepté de jouer la transparence sur les chiffres de vente.

Couverture Zombie Kebab

Ventes: 108 (numériques)
Distribués: 24 (3 service presse)

Sanctum Corpus, publication en Mai 2016:

Ma deuxième novella, orientée SF (mâtinée de Cyberpunk) pour celle-ci. Un bon accueil du public, à nouveau, sur un genre encore différent. Première incursion dans le monde du papier, avec une version brochée confectionnée chez Lulu (j’ai encore plein d’exemplaires sous le coude, ne soyez pas timides et manifestez vous si le genre vous intéresse).

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Ventes: 79 (72 en numérique, 7 en version brochée)
Distribués: 35 (7 service presse)

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L’appétit des Ombres, publication en Août 2016:

Cette nouvelle d’anticipation (dans le même esprit que Spores) a été publiée à l’occasion du Ray’s Day 2016. Commençant probablement à être un peu plus connu par un pool grandissant de lecteurs, elle a été gratuitement téléchargée 156 fois (!) et par la suite, logiquement, assez peu achetée (sauf par des lecteurs tardifs ayant raté la journée spéciale, ou par des lecteurs reconnaissants qui ont choisi de l’acheter en suivant… un énorme merci à ces derniers).

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Ventes: 8
Distribués: 167 (4 service presse, 156 Ray’s Day 2016)

2. L’analyse des chiffres au premier regard

Pour être honnête, à l’époque de la sortie de Spores!, j’ai dans un premier temps été assez désappointé par les ventes modestes de cet ouvrage. Ayant déjà collaboré avec les Éditions Eyrolles sur des ouvrages tirés à chaque fois à plusieurs milliers d’exemplaires, il m’a fallu quelques temps pour comprendre et admettre quelques points clés, en discutant avec des auteurs ou des éditeurs:

  • Le genre de la SFFFH (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy, Horreur) fait en France partie des parents pauvres du livre. Le marché, pourtant très offrant (un grand nombre d’éditeurs et d’auteurs officient dans cette niche), se dispute l’attention d’un lectorat assez réduit, au-delà du grand public plus habitué à consommer (sans jugement de valeur de ma part, hein?) du Rowling ou du King.
  • Un bon objectif de vente pour une nouvelle SFFFH non gratuite, c’est dans les cent exemplaires. Et pour bon nombre d’auteurs, nouvelles ou romans, le plafond de verre est situé à une cinquantaine d’exemplaires.
  • Le numérique n’attire pas les foules. La plupart des lecteurs sont attachés au papier, pour des raisons diverses. Et pas mal de blogueuses-chroniqueuses littéraires (emploi du féminin assumé) sont encore assez nombreuses à refuser les services presse en format numérique. Malheureusement, publier une nouvelle en format papier est impensable, hors recueil, et pour une novella (comme Sanctum Corpus) le ratio prix vs nombre de pages n’est pas des plus attractifs.

On pourrait donc se laisser à penser que mes chiffres de vente ne sont finalement pas si pourris que cela, puisque le plafond de verre a été dépassé et que mon lectorat continue de grossir (même lentement) au fil des sorties, que ce soit de nouvelles ou de novellas.

Si j’en tire des leçons, toutefois, ce sont les suivantes (basées sur une surveillance bienveillante sur les réseaux sociaux de ce que font les « concurrents/concurrentes »), en enfonçant quelques portes ouvertes:

  • Les romans se vendent mieux que les novellas ou les nouvelles (bien que quantité de novellas ou nouvelles sont présentées à tort comme des romans, souvent dans des buts purement mercantiles).
  • Les histoires en plusieurs parties assurent de capturer le lectorat et l’amener à acheter les tomes suivants.
  • Glisser de la romance ou des personnages plutôt orientés YA est décidément plus vendeur que les œuvres sombres et matures dont j’essaie de faire ma spécialisation.

Dans ces circonstances-là, les ventes atteignent plus facilement quelques centaines d’exemplaires, à condition bien évidemment d’avoir une plume suffisamment accrocheuse, malgré parfois les tonnes de coquilles et d’erreurs qui subsistent dans les textes de mes confrères auto-édités.

3. Quoi? Moi, jaloux?!

Je vous vois venir: non, je ne suis ni jaloux ni aigri, merci 😉 et je me satisfais au contraire de voir les succès des auteurs que je croise sur les réseaux sociaux (tous ne truffent pas leurs textes de coquilles plus savoureuses les unes que les autres). C’est juste que je préfère construire lentement mais sûrement mon lectorat, le séduire en renouvelant régulièrement son intérêt pour mes modestes productions. Je ne souhaite pas être une simple étoile filante, j’essaie donc de me construire une identité, une carrière d’auteur, pas à pas. D’être attendu. L’histoire du lièvre et de la tortue, en somme v’voyez?

Qui plus est, en toute sincérité, je ne me sens pas encore prêt à me lancer dans  d’un roman ou une saga. Les raisons?

  • Mes intrigues sont encore trop simples (peu de personnages, une ou deux trames en arrière-plan, pas de plans dans les plans ni de tiroirs dans les tiroirs). Un roman sur ces bases serait du remplissage et du foutaient de gueule.
  • Je pèse et sélectionne minutieusement chacun de mes mots, je cisèle autant que j’en suis capable mes phrases, jusqu’à leur trouver le rythme et la sonorité qui me paraissent le plus juste. Je suis donc avare de mots, je n’étale pas plus que nécessaire ma prose. Comme le dit Lionel Davoust dans un récent article, « une histoire fait la taille qu’elle doit faire ». Faire du texte au kilomètre pour transformer une nouvelle en roman ne m’intéresse pas, sauf à avoir la matière derrière et du temps pour fournir le texte tel que je le souhaite: aux petits oignons.
  • En tant que lecteur, lire des trilogies ou plus (souvent encore incomplètes, voire incertaines à date du premier achat) me saoule un peu, je ne souhaite pas infliger cela à mes lecteurs. J’ai peu de temps pour lire, peu de temps pour écrire, peu de temps pour regarder des fictions, peu de temps pour… Bref, j’ai peu de temps, comme la plupart d’entre vous, du coup j’aime bien lire des histoires raisonnablement courtes, ou des one shots, ou des séries bien fichues et bien découpées dont on sait qu’il y a une fin, sans que la mayonnaise ne soit étirée ad nauseam tant que l’auteur ou l’éditeur ont du fric à se faire.
  • Je suis, tout simplement, plus à l’aise dans les textes courts, que j’espère incisifs et percutants. Les romans où se succèdent des descriptions sur des pages entières, très peu pour moi.

Donc, non. Rien à voir avec de la jalousie, j’espère que vous me reconnaîtrez cela 🙂 Je connais en revanche mes limites littéraires et scénaristiques, j’en explore les frontières pour les repousser, mais il me faudra un peu de temps pour que cela soit fait dans le strict respect des lecteurs, sans cesse plus nombreux, qui me font confiance 🙂

Je note à ce sujet que le plafond de verre, il m’a fallu 6 mois pour le briser avec ma première oeuvre, Spores! mais 2 mois seulement pour Sanctum Corpus. Preuve s’il en est qu’on ne s’improvise pas auteur. Pour réussir, pas d’autre option que de travailler, chercher à s’inscrire dans la durée et à se montrer patient.

4. Et les canaux de vente, plus en détail?

Oui, oui, excusez-moi. Je ne souhaitais pas faire ma diva. Voilà un chapitre qui va particulièrement intéresser mes confrères auto-édités. Quelles sont les plateformes sur lesquelles cela vaut le coup de dépenser son temps et son énergie?

Depuis Juin 2014, j’ai vendu en auto-édition (en excluant Zombie Kebab) l’extravagant nombre de 196 exemplaires. La répartition par plate-forme est la suivante:

  • Amazon: 45%
  • Kobo: 29%
  • Youscribe: 17%
  • Draft2Digital (iTunes et autres): 6%
  • Lulu (vente directe et plateforme Lulu): 3%

Côté Zombie Kebab, sur les 108 exemplaires numériques vendus, voici la répartition par plate-forme:

  • Amazon: 45%
  • 7switch: 30%
  • Kobo: 6%
  • Apple iBooks: 6%
  • Publica-Youscribe: 4%
  • Les distributeurs à 2% ou moins: Fnac, Google Play, Youboox
  • Les distributeurs à 1% ou moins: Chapitre, ePagine, Leclerc, Feebooks

On peut donc confirmer que, pour les auto-édités comme pour les petits éditeurs indés, Amazon est et reste le leader incontesté. Il est toutefois intéressant de noter l’identité du challenger. Côté auto-édition, c’est Kobo qui s’impose comme fier second, alors que côté indés, c’est 7switch qui se fait une place au soleil.

L’un dans l’autre, en numérique et en auto-édition, il apparait qu’avec le trio Amazon, Kobo et Youscribe, il est dans l’absolu possible de couvrir à peu près autant de ventes qu’en passant par une maison d’édition indépendante.

Voilà qui devrait bien sûr remplir d’espoir tous les prétendants à l’édition qui décident de se la jouer en solo, mais il ne faut pas oublier qu’il aura tout de même fallu deux ans à Spores! pour atteindre l’objectif des cent exemplaires, alors qu’adossé à un éditeur indé, il n’en aura fallu qu’un à Zombie Kebab 🙂

5. Conclusion

Nous voici arrivés au bout de cet article, que j’espère ne pas être trop rébarbatif. Je suis toutefois persuadé qu’il intéressera énormément mes consoeurs et mes confrères auto-édités, qui se posent beaucoup de question sur l’exclusivité Amazon, la pénétration du marché lorsque l’on exploite plusieurs canaux de distribution, la réalité des chiffres de ventes (un sujet largement tabou) ou la façon d’approcher l’auto-édition.

Les commentaires sont là pour poser vos questions, collecter vos propres expériences et ressentis. N’hésitez pas 🙂

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13 réflexions sur “Auto-édition: mes chiffres de vente

  1. Bonjour Olivier !
    J’ai trouvé ton analyse très intéressante et pertinente et je pense que tu as raison de préférer asseoir tranquillement ta réputation plutôt que de vouloir vendre à tout prix. À mon avis, ton raisonnement est sain et devrait porter ses fruits.
    Là où je pense que tu te prives d’une ressource non négligeable, c’est de ne pas vouloir tenter l’aventure papier via CreateSpace… Comme tu le dis, pour les « vrais » amoureux des livres, rien ne remplace le papier, or tu les perds, ces lecteurs-là.
    Et je suis convaincue que le rapport coût d’impression et prix du livre est tout à fait intéressant sur CreateSpace.
    Bref, à mon avis, tu as cette marge de manœuvre-là à explorer… Et continuer à écrire et à publier parce que c’est cela qui fait vivre nos livres.
    Bonne continuation ! 🙂

    • Bonjour Nathalie,

      Désolé pour ma réponse un brin tardive. Au sujet de Createspace, il est vrai que je n’ai pas essayé le service. En revanche, mon article ne le met peut-être pas assez en avant, mais j’ai tenté l’aventure papier via Lulu pour ma novella Sanctum Corpus. Les ventes sont faibles mais elles existent.

      Ce sont pour les nouvelles (Spores et L’appétit des Ombres), que j’estime d’un trop faible nombre de pages, que je ne vois pas comment vendre en version papier à un prix raisonnable… Car si le livret sort à 5€ les 40 pages, il ne va pas attirer les foules non plus.

      Une idée?

  2. Un article qui intéresse également les lecteurs qui s’intéressent au parcours d’un auteur qu’ils aiment. 🙂

    Merci de passer tant de temps à travailler tes textes ; le rendu final s’en ressent, pour notre plus grand plaisir.

  3. Bonjour Olivier,

    Je viens de découvrir ton blog au travers de ton article sur Wattpad très intéressant. Étant auteur moi-même, je voulais savoir ce que tu penses de l’auto-édition et si tu la recommandes. En effet, j’ai envie de publier mon roman mais je n’ose pas l’envoyer aux maisons d’éditions (j’ai peur que l’on dénature mon œuvre au mieux et au pire qu’elle soit rejetée). L’auto-édition me fait aussi peur car je ne sais pas quoi en penser. Merci beaucoup. Bonne continuation.

    • Bonjour Miki,

      Je pense le plus grand bien de l’auto-édition. On y trouve à boire et à manger, on est facilement noyé dans la masse, mais en définitive, rien de différent avec les maisons d’édition classiques qui peinent également à faire émerger leurs pépites, ou les moins sérieuses qui publient « n’importe quoi » pour publier et avoir un catalogue. Il n’y a qu’à voir à quoi ressemblent les rentrées littéraires.

      Quelle que soit la voie que tu choisiras, je te recommande fortement plusieurs choses:
      * faire bêta-lire ton oeuvre à plusieurs tiers de confiance pour consolider ton histoire (incohérences, rythme, intérêt de l’histoire elle-même,etc.) car nous manquons tous de recul et d’impartialité par rapport à nos propres écrits
      * ne pas lésiner sur les corrections orthographiques, grammaticales. Les problèmes de style et les répétitions sont également bien plus nombreux que l’on ne l’admet. Investir, même si c’est cher, dans un logiciel comme Antidote appuiera fortement la qualité de tes textes et tes prétentions d’auteur
      * produire un document à la typographie impeccable, car c’est un point souvent négligé qui pourtant renforce le plaisir que l’on a à lire un texte, quelle que soit sa qualité intrinsèque.

      Après:
      * soit tu es courageuse et prêtre à tout faire par toi-même: couverture, maquette, corrections éditoriales, publication, marketing, communications, publicité, en ce cas tu es mûre pour l’auto-édition
      * soit tu estimes que ton rôle (ou tes envies en tant que) d’auteur s’arrête à l’écriture et les corrections éditoriales relevées par un tiers, auquel cas il vaut mieux que tu vises l’édition par une maison traditionnelle.

      Sache que dans les deux cas, au moment de soumettre ton texte, il doit être le plus qualitatif possible (cf les trois points soulevés plus haut).Si tu cherches une maison d’édition, sois sérieuse sur ta sélection: ne retiens que celles qui publient déjà le même genre que ce que tu produis, respecte scrupuleusement leurs règles de soumission de manuscrits et surtout, surtout, sois patiente: les réponses mettront probablement au moins trois mois à te parvenir, respecte leur rythme de sélection, et ne les relance pas avant ces trois mois, et pas toutes les semaines suivantes non plus.

      Personnellement, l’auto-édition me va comme un gant, malgré ses difficultés, mais je n’exclue pas d’écrire un jour un texte pour une maison d’édition dont l’esprit est autre qu’indé.

      À bientôt!

      • Bonjour Olivier,

        Merci beaucoup pour cette réponse complète et tous ces conseils précieux.

        Je partage vraiment le même sentiment concernant les corrections et l’impartialité. Je vais me renseigner sur Antidote.

        Cela ne me dérange pas de passer du temps sur les aspects édition et publication même si cela prend du temps.

        Je ne savais pas du tout que des maisons d’édition pouvaient ne pas être sérieuses. Si je choisis cette voie, je serais vigilante.

        Merci encore pour ces conseils et à bientôt!

  4. Respect total pour l’auto-édition ! Un an avant d’être publié chez Bragelonne, j’ai adopté cet état d’esprit, à savoir : « je suis un inconnu qui débarque, je suis tout seul, à moi de me battre pour mon roman ». Je pense que beaucoup d’auteurs édités devraient s’inspirer de ton exemple ainsi que de ton humilité, tu as l’état d’esprit exemplaire pour aller encore plus loin. Merci pour ton article passionnant et encore bravo pour cet enthousiasme communicatif.

    PS : je me permet de mettre ici le lien d’un article qui m’a marqué, notamment le passage tout en bas de la page, « comment vivre de sa plume ». L’exemple donné est touchant et m’a beaucoup inspiré juste avant la parution de mon premier roman.

  5. Merci pour l’article. C’est toujours intéressant d’avoir le retour des coulisses, en toute transparence.

    Je te souhaite une bonne continuation, aussi mercantile que possible et envisageable 😉

    Bien à toi,
    M.Mih

    • Avec grand plaisir! 🙂 Je suis moi-même friand de ce genre d’informations, indispensables pour penser sa stratégie, mais il n’y a pas grand chose de disponible côté SF auto-éditée, et on passe facilement à côté car le tamis des réseaux sociaux n’est pas idéal pour les repérer 😉
      Merci pour les encouragements 🙂

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