Auto-édition et impression à la demande

À force que l’on me les réclame à corps et à cris, j’ai accepté de jeter un coup d’oeil appuyé sur la confection des versions brochées de mes nouvelles. Ainsi mon modeste travail pourra prendre un peu plus de place sur vos étagères de bibliothèques, ce qui est, reconnaissons-le, le premier pas vers la reconnaissance éternelle. Zut, ce n’est pas crédible. Continuons tout de même cet article.

Du côté de chez Lulu

Je connaissais déjà Lulu, mais je n’en étais que moyennement satisfait. La qualité des livres est impeccable, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Mais à chaque fois que j’ai eu recours à leurs services, je me suis heurté à ces problématiques:

  • Coûts d’impression relativement élevés
  • Papier crème disponible pour un nombre limité de formats
  • Frais bancaires lorsque j’achète mes propres exemplaires brochés destinés à être revendus sur des salons
  • Frais de port élevés (attention, Lulu fournit régulièrement des codes promos pour alléger la facture, que ce soit des remises sur le prix des exemplaires eux-mêmes ou sur les frais de port: faut savoir être patient et saisir les bonnes opportunités)
  • Redevance médiocre lorsqu’une vente est réalisée via un distributeur (j’ai connu très peu d’acheteurs via leur plateforme de vente, ce qui est dommage, car la redevance auteur est intéressante; dès que la vente se fait via un distributeur, la part du distributeur est prélevée sur la redevance auteur, ce qui revient à l’amputation assez nette de celle-ci)

Ce dernier point a été celui qui m’a le plus fait réfléchir. Pourquoi sacrifier une part non négligeable de ma redevance (au point que le broché ne me rapporte pratiquement pas plus que le numérique pour un coût, à l’achat par un lecteur, bien plus élevé) alors que je peux essayer d’autres canaux d’impression à la demande. Plusieurs stratégies étaient possibles, elles sont en cours d’exploration, mais j’en dresse d’ores et déjà les frontières.

Le service Amazon (en version bêta)

Mon premier réflexe, auguste lecteur (mince, me voilà en train de causer comme Lionel Davoust; si vous savez pas qui c’est, lisez-le), a été d’utiliser la possibilité de KDP print (bêta) (l’offre impression à la demande d’Amazon Kindle Direct Publishing) pour adjoindre à chacune de mes nouvelles numériques une version brochée.

Et là, c’est le régal, l’orgasme du DIY (« fais le toi-même, bricolo! »). En quelques clics, on met en place tout ce qui est nécessaire pour ajouter à ses pages produits une version papier (qui bénéficie donc des notes et commentaires numériques, ce qui n’est pas négligeable!). Le plus dur est bien évidemment de produire un PDF prêt à imprimé de qualité satisfaisante (si tu veux, cher lecteur, que cela fasse l’objet d’un futur article, n’hésite pas à le faire savoir en commentaires) et une couverture qui doit respecter tout un tas de contraintes pas évidentes (face avant et arrière de la couverture, tranche, emplacement réservé pour l’ISBN, etc.). Je remarque au passage:

  • Les coûts d’impression sont super raisonnables (on sent la machinerie bien huilée en arrière-plan) ce qui laisse penser que même pour la grosse industrie, l’impression à la demande sera un jour la solution par défaut (ce qui ne sera pas un mal: plus de pilon, pas de retour mais pratiquement plus que des ventes nettes qui arrêteront de fausser les statistiques des blockbusters poussés dans les charts à grand renfort de placement et de harcèlement des libraires, sans parler de l’impact écologique sur nos amis les nanarbres).
  • Papier crème disponible pour, semble-t-il, à peu près tous les formats (hors impression couleur)
  • Notes et commentaires partagés avec les versions numériques
  • Redevance optimisée pour l’auteur (un intermédiaire en moins)
  • Par contre, impossibilité de se commander un exemplaire « auteur » pour vérifier la qualité de mise en page, d’impression, etc. (alors que Lulu le permet) avant mise en service pour le grand public

Malheureusement, après avoir péniblement mis en place une version brochée de chacune de mes nouvelles, je me suis dit que j’allais tout de suite m’en commander quelques exemplaires à vendre sur les salons et marchés. Mais là, c’est la douche froide: pas moyen d’acheter ses propres ouvrages autrement qu’au prix fort, ce qui revient à payer à Amazon le coût de la distribution que vous allez assurer vous-même sur le terrain. Pas très équitable.

Le service est prodigué grâce au rachat de Createspace par Amazon, mais KDP print (bêta) indique que l’achat par l’auteur de ses exemplaires ne sera implémenté que dans le futur… Futur qui tarde à arriver.

Double source Lulu et KDP bêta?

Qu’à cela ne tienne! Mon cerveau génial a mis au point la parade: une version brochée sur Amazon pour les acheteurs directs de la plateforme, et une version brochée via Lulu pour me constituer un petit stock d’auteur pour la vente directe dans les salons. Les coûts sont un peu plus défavorables via Lulu, mais ce n’est pas grave, c’est mieux que rien. Cela contraint également à avoir un numéro ISBN par source, et du coup de réaliser un dépôt légal à chaque fois. Rien de méchant.

Je suis donc parti, pour mes nouvelles, avec une taille de coupe (le format du bouquin) de 5 x 8 pouces (po), ce qui est le plus petit disponible chez KDP print (bêta). En effet, publier une nouvelle n’offre déjà un nombre de pages limité, autant le faire sur un petit format pour, au moins, donner à l’acheteur une impression de volume.

Malheureusement, c’est l’écueil. Contrairement à ce que je pensais, il y a un très grand nombre de formats dans le monde de l’édition, mais pas de norme réelle. Du coup, il est difficile de trouver un socle commun de formats entre KDP print (bêta) et Lulu, et en ce qui concerne mes brochés 5 x 8 po que j’ai sué sang et eau à produire, impossible de les imprimer sur Lulu. Ce format n’existe tout simplement pas et ils ne prévoient pas de l’ajouter, bien qu’il soit très courant sur les étagères des librairies Outre-Manche. Bref.

Cher lecteur, pour que tu gagnes du temps sur les expérimentations vaseuses, voici les rares formats communs entre KDP print (bêta) et Lulu, si tu souhaites toi aussi recourir à l’un pour la présence en ligne, et l’autre pour celle en salons. Du moins, en couverture souple, car ce sont les seules qui m’intéressent pour les nouvelles, novellas et romans de longueur telles que je les écris:

  • « Digest » 13,97 x 21,59 cm (5,5 x 8,5 po)
  • « Lettre US » 21,59 x 27,94 cm (8,5 x 11 po)
  • « Roman » 15,24 x 22,86 cm (6 x 9 po) mais en papier crème seulement sur Lulu
  • « Format Royal » 15,59 x 23,39 cm (6,14 x 23,39 po) avec une différence d’un millimètre entre les deux plateformes sur la largeur (souci d’arrondi, je présume)

Donc, au final, ce n’est une stratégie payante que si elle est planifiée à l’avance, et que l’on arrête son choix sur format, type de couverture et type de papier communs entre les deux plateformes.

À ce stade, j’ai hésité à dépublier mes versions brochées sur Amazon et recommencer les mises en page (intérieure, c’est fastoche, mais la couverture, c’est plus galère) pour atteindre ce format commun. À moins que…

Et Createspace?

Je n’ai pas immédiatement pensé à Createspace. En effet, Amazon a racheté Createspace, et c’est le même outil qui permet de concevoir leurs versions brochées. Après quelques recherches, je vois avec plaisir qu’il est possible de s’acheter des exemplaires à titre d’auteur.

L’interface de production est un peu plus austère, moins accueillante, mais l’expérience, à défaut d’être séduisante, reste efficace. J’ai toutefois rencontré quelques soucis.

  • Je pensais qu’un numéro d’ISBN devait être attribué par titre, auteur et format identique et que donc, si je publiais selon deux sources différentes le même ouvrage (exactement), je n’aurais besoin que d’un seul numéro ISBN. Ce n’est apparemment pas le cas, du coup je n’ai pas pu réutiliser le numéro employé pour KDP print (bêta). Pas grave, il faut le savoir en amont, et au pire, utiliser les numéros ISBN gratuitement offerts par Createspace.
  • Ils ont un outil qui s’appelle Interior Review, qui permet de passer en revue votre PDF. Malheureusement, dans mon cas, il se plaint de la version Flash Player installée sur Chrome et Safari. Je l’ai finalement testé avec Firefox, pour voir qu’il s’agit du même outil que sur KDP (bêta) à l’exception de la couverture qui n’est pas incluse à ce stade.
  • Pour la couverture, il faut respecter scrupuleusement les guides fournis, sachant que Createspace met à disposition des modèles en fonction du format, du type de papier (blanc ou crème, car pas la même épaisseur) et du nombre de pages. J’ai réemployé les couvertures utilisées pour KDP print (bêta) sans sourciller, car ce sont exactement les mêmes modèles entre Createspace et KDP print (bêta).
  • Je cherche encore le moyen de prévisualiser la couverture avant de soumettre les fichiers à la validation.

Lorsque les fichiers ont été vérifiés par l’équipe de Createspace (pas d’erreur particulière, à l’exception d’une zone de transparence de mes couvertures qui ont été aplaties), l’interface propose de réviser le projet grâce à l’outil Digital Proofer, ou de commander un exemplaire de validation.

Les frais de port sont peu engageants, et fonction des délais de livraison. Pour 3 exemplaires de mes nouvelles, je me vois proposer:

  • Standard Shipping: $8.66 sous… un mois et demi!
  • Expedited Shipping: $11.99 sous… environ quatre semaines!
  • Priority Shipping: $21.16 sous quatre à cinq jours

Je choisis la troisième option, mais pas de gaieté de coeur: c’est le seul moyen pour moi d’être certain de faire le dépôt légal le mois indiqué dans le PDF prêt à imprimer. Bref, il vaut mieux anticiper ce « détail » lors de la prochaine création de livre.

Me voilà donc avec mes exemplaires de révision, qui font du coup office de bon à tirer. J’effectue la dépublication des versions KDP print (bêta) sans aucune encombre. Il ne me reste plus qu’à effectuer le Dépôt Légal (je vais tant qu’à faire envoyer les versions validation, elles sont invendables car la dernière page est barrée d’un « Proof » du plus mauvais effet).

Conclusion

Il est juste contre-productif de se lancer au petit bonheur la chance. Mes conseils sont:

  • dès la première publication (même en ebook) choisir un format papier, et concevoir la couverture à ce format là;
  • toujours choisir des formats communs entre Createspace et Lulu. Cela vous laissera toute latitude en cas de défaillance de l’un ou l’autre, sachant que les redevances sont plus avantageuses côté Createspace;
  • privilégier l’impression à la demande via les services de Createspace, plus économiques et offrant une meilleure redevance qu’en faisant distribuer Lulu via Amazon;
  • anticiper l’impression de votre stock, que ce soit pour la vente par correspondance ou pour votre présence en salon; ainsi, vous pourrez choisir les options d’expédition les plus économiques sans stresser au sujet de l’arrivée à l’heure de vos précieux.

Bonnes lectures 🙂

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12 réflexions sur “Auto-édition et impression à la demande

  1. Bravo pour ce tour d’horizon! Personnellement, j’ai eu des expériences mitigées avec Lulu et je passe par CreateSpace, mais j’ai le même problème avec les frais et délais d’expédition. Il existe aussi un autre service similaire à Createspace, IngramSpark, mais je ne sais pas ce que ça vaut.

  2. Merci pour cet article, très utile. Il me semble que Createspace permet de visualiser la couverture du livre, tout du moins si on utilise l’outil de création proposé. Enfin, le dépôt légal est-il vraiment utile pour de l’auto-édition ? En tout cas, c’est plutôt bien vu d’envoyer dans ce cas-là les exemplaires « proof reading » 🙂

    • Oui, il semblerait que je sois un cas isolé sur ce problème-ci, ayant reçu des témoignages, en privé, me contredisant malheureusement. Je n’ai pas d’autre choix que de creuser la question: j’ai déjà amendé jour l’article, je le remettrai à nouveau à jour lorsque j’aurais du neuf bien concret 🙂

      En ce qui considère le dépôt légal, c’est apparemment obligatoire pour toute publication hors cercle privé et familial. La BNF l’a récemment confirmé:

      « Le dépôt légal est obligatoire pour tous les livres autoédités et ce quel que soit le tirage initial. Les livres imprimés à la demande sont également concernés. »

      Source: https://www.bookelis.com/content/38-depot-legal-livre-publier-livre

  3. Merci pour cet article très utile et détaillé! Effectivement, ça fait beaucoup de choses à prévoir à l’avance au lieu de se lancer tête baissée.
    Même question que Ph.C, le dépôt légal est-il obligatoire?

    Depuis quelques mois, j’ai entamé une série d’interviews mensuelles d’auteurs auto-édités portant entre autres sur ce genre de questions pratiques. Car plus j’en découvre et plus je pense qu’il y a beaucoup d’aspects dont on n’a pas conscience en se lançant. Et tant qu’à aller poser mes questions à ceux qui ont déjà tenté l’expérience, je me suis dit que ça serait bon à partager.
    Est-ce que ça vous intéresserait d’être le 5e auteur à y participer? 🙂

  4. Pingback: Auto-édition en questions (5) : Olivier Saraja | Fan Actuel

  5. Je me permets un commentaire ici pour ajouter une petite info sur les délais Createspace
    J’ai fait une commande en tarif ultra lent comme je n’étais pas pressé.
    Commande passée le 26 septembre, estimée d’arrivée le 17 novembre, arrivée réellement le 8 novembre (mais récupérée à la poste 2 jours plus tard parce qu’ils ont fait n’importe quoi mais c’est une autre aventure).

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